27 novembre 2007
Expo Courbet - Grand Palais
Week-end culturel pour les papillons (on arrête de dire que les amoureux sont des autistes, ce n'est pas vrai...enfin pas tout le temps) puisque les papillons ont été voir l'exposition Courbet au Grand Palais. En fait d'exposition il s'agit presque d'une rétrospective car pas moins de 120 toiles du maître sont présentées, parmi lesquelles les plus célèbres d'entre elles. Sont également présentées de nombreuses photographies d'époque, et pour la fan de photo que je suis, c'est toujours un régal de pouvoir admirer des clichés datant des années 1850.
Comme très souvent au Grand Palais, l'exposition est organisée de manière à nous faire découvrir plusieurs facettes de l'œuvre de l'artiste présenté, mais aussi son histoire, sa vie, sa manière de s'intégrer à la société. L'expo Courbet ne déroge pas à la règle.
On découvre les séries d'autoportraits de l'artiste (qui était très beau) faits pendant sa jeunesse et qui font penser au "Portrait de Dorian Gray" tant la physionomie de Courbet évolue et se déforme d'année en année ; on devine la société privée dans laquelle il évoluait grâce à ses toiles de famille ou ses portraits d'amis et la société publique et l'opinion qu'il en avait dans ses grandes toiles engagées et sombres. On le découvre également paysagiste ou chasseur, mais surtout on le voit peintre de nus éblouissants ou peintre engagé politiquement...dans ses toiles qui sont tout sauf politiques...à moins qu'une truite ne symbolise quoi que ce soit en politique. Mais l'engagement politique a un prix, que Courbet a dû payer et a payé très cher.
Je ne suis pas une grande fan du maitre. Ses portraits sont beaux, souvent saisissants. Ses paysages et ses scènes de chasse ne m'émeuvent pas voire me laissent indifférente. Par contre ses nus sont vraiment incroyables et sublimes. Tout le monde connait "L'origine du monde" et connait donc l'audace insensée de Courbet. Mais "L'origine du monde" n'est finalement pas grand chose par rapport à la capacité de ce peintre à dessiner et mettre en couleur des peaux de femmes plus vraies que nature. On en devine la texture, la douceur et la sensualité, on se surprend à vouloir les toucher pour vérifier. Toutes les femmes qu'il a peintes n'étaient pas belles, mais il les a clairement sublimées. Plus que "L'origine du monde" c'est son "Sommeil" qui m'a paru le plus subversif et assez surprenant (mais de Courbet doit-on être surpris?)
Comme toujours au Grand Palais, beaucoup de monde dehors (mais nous avions un précieux Sésame) et beaucoup de monde à l'intérieur. Cela restait très supportable, mais comme toujours la scénographie ne se prête pas à la foule, il faut donc faire preuve de patience et parfois se contorsionner un peu pour voir les œuvres ou lire les explications.
Avis à celles qui avaient vu l'expo des dessins érotiques de Klimt avec moi, il y a encore des scènes de "je donne des explications à mon enfant" assez amusantes dans la salle des nus.
"Et papa, elles font quoi les dames???"
"Elles dorment ma chérie, elles dorment"
12 novembre 2007
"Femmes du monde" - Titouan Lamazou - Musée de l'Homme
Ne perdons pas nos bonnes habitudes, j'ai dit que ce blog serait un lieu de partage de mes balades culturelles dans Paris, alors voici l'une des dernières.
Titouan Lamazou expose son tour du monde des femmes au Musée de
l'Homme.
On remballe les sourires en coin et les clins d'œil appuyés les
filles, je vais parler de l'expo, uniquement de l'expo et de rien d'autre. Pour
le reste vous avez les papillons.
Donc, revenons à nos mouton(ne)s. Monsieur
Lamazou a voyagé pendant 3 ans autour de la planète pour rencontrer et découvrir
des femmes. Il a discuté avec elles, leur a posé une sorte de questionnaire de
Proust, est entré dans leur univers, leur histoire, s'est laissé toucher par
leur charme, leur personnalité, leur beauté. Et surtout il a fait leur portrait.
Au crayon, à l'aquarelle, à la gouache, en couleur et en noir et blanc. Sur
papier à dessin et papier glacé. Ce sont des portraits rapprochés, intimistes ou dans leur
maison, leur ville, leur chez elle.
Et mon dieu qu'elles sont belles.
Toutes.
Et celles qui le sont moins ou ne le sont plus ont des âmes ou des histoires
sublimes.
Titouan Lamazou aime les femmes. Respectueusement, magnifiquement.
Quels que soient leur religion, leur culture, leur pays, leur situation...ils
les aiment. Il porte sur elles un regard qui laisse songeuse, qui fait rêver.
Certaines ont souffert, ont été humiliées, détruites...il leur redonne toute
leur dignité. Et donne l'impression que rien ne pourra entacher cette
beauté.
C'est un sublime tour du monde, dont on ressort en se disant qu'il
n'y a pas que Claudia, Naomi ou Gisele qui sont belles...très loin de là. Ça
fait du bien.
Si vous avez de la chance peut-être pourrez-vous faire
comme moi et aller voir cette expo avec un homme qui a un regard aussi beau que celui de Titouan.
Chuut...je n'ai rien dit.
17 septembre 2007
Si Pierre & Gilles et Weegee avaient rencontré Vollard
Sortez les cuissardes et le fouet, la shoe-addict va râler. Et on arrête de rêver les fétichistes les bottes de pêche à talons aiguilles ne font pas partie de ma collection, je fais 1.02m les bras levés, ce genre d'accessoire n'est pas pour moi.
Donc elle râle. Elle râle parce que la nouvelle manie des gros musées d'essayer de faire du fric avec leurs grandes expos m'exaspère. Le musée d'Orsay transformé en rame de métro géante à 19h alors que nous sommes dimanche matin et qu'il est à peine 11h ça me donne envie de hurler. Et accessoirement de tuer en vrac, des vieux, des enfants, des bébés, des poussettes, des déambulateurs, des touristes japonais, des touristes américains, des touristes allemands, des provinciaux, ma soeur et mon sac à main...bref ça me rend dingue.
Vous avez la chance d'être dans un musée qui rassemble quelques uns des plus beaux chef-d'œuvres impressionnistes, qui abrite une exposition totalement hallucinante de Renoir, Van Gogh, Cézanne, Gauguin et autres magiciens et génies et la seule chose que j'en ai retenu c'est qu'il y avait juste 5 fois trop de monde. Mon 5 est très pesé et mesuré, je vous assure.
Voir le Louvre, Orsay ou le Grand-Palais s'abaisser à essayer de rentabiliser chaque place vendue est ridicule et de mauvais goût, c'est indigne de ces merveilleux lieux de culture et de partage.
Voilà, j'ai grogné, ça va mieux, on peut reprendre une vie normale.
On enfile des chaussures plus douces, genre jolies ballerines de danseuse, et on file au Jeu de Paume, admirer l'expo Pierre & Gilles. Pas de risque de crise de hurlement, une expo un vendredi à 14h quand tout le monde est en train de travailler dans son bureau c'est du pur bonheur. Du coup vrai avis sur cette expo!
De l'oeuvre de Pierre et Gilles je ne connaissais que les quelques photo/peintures (photogratures ou peintographie?) montrées par les médias. J'avais trouvé leur approche des icônes contemporaines ou religieuses intéressante et attirante.

Photos © Pierre et Gilles. Courtesy Galerie Jérôme de Noirmont, Paris
Et bien après 2 heures au Jeu de Paume pour admirer la rétrospective Double Je je peux dire que j'aime ce qu'ils font.
C'est beau, poétique, drôle, ludique, parfois un peu déroutant, mais
globalement jubilatoire. On ressort de là avec un grand sourire.
L'expo est riche et touffue puisqu'on y admire presque 150 pièces, mises en scène dans des salles aux murs acidulés, baroques ou sombres (en tout cas jamais neutres) et décorées d'amusantes plantes artificielles que la nature a oublié d'inventer. Pierre et Gilles et l'équipe en charge de l'organisation de l'expo ont su créer une véritable atmosphère qui ajoute vraiment à la beauté et au charme des images.
Et les images donc! Superbes, parfaites, colorées façon pop ou bollywood mais aussi chatoyantes et détaillées, rappelant certaines toiles des peintres néo-classiques dont les soies et satins paraissaient plus vrais et brillants que nature.
Scènes bibliques, icônes religieuses ou modernes, héros de nos enfances, on se promène dans le féérique univers des deux artistes dont on découvre aussi tous les auto-portraits, depuis leur rencontre en 1976, jusqu'à cette année, où ils apparaissent en présidents.
On croise aussi un certain nombre de célébrités qui se sont laissées capturer dans des oeuvres dont les cadres sont aussi beaux que les photos elles-mêmes: Arielle Dombasle, Mireille Matthieu, Kylie Minogue, Dita Von Teese, Laetitia Casta, Marylin Manson ou Catherine Deneuve. Un choix hétéroclite, parfois surprenant, mais qui donne toujours un résultat magnifique. La preuve, regardez comme elle est belle Mireille !!

Photos © Pierre et Gilles. Courtesy Galerie Jérôme de Noirmont, Paris
Je suis tombée sous le charme de Dita Von Teese métamorphosée en Dahlia Noir. L'image a quelque chose de trash puisqu'il s'agit du Dahlia noir assassiné et mutilé, mais en voyant cette pièce je me suis dit que Pierre et Gilles avaient su exactement mettre sur la toile tout le mystère, la fascination et l'aura glamour que dégage ce personnage. Un subtil mélange d'innocence perdue et de perversion, de pureté et scandale...cette œuvre est magnifique.
Il y a bien sûr aussi quelques magnifiques éphèbes pris en photo dans des poses alanguies, mélancoliques, provocantes ou drôles. Des spécialistes y trouveront probablement des reprises de certains codes gays (je n'y connais rien, si de bonnes âmes peuvent décoder...). Ils sont sublimes en tout cas.
Il faut donc absolument aller voir cette exposition, et y aller vite car elle se termine bientôt.
Pour plus d'infos sur l'expo il y a bien sûr le site du Jeu de Paume, mais aussi le site de la Galerie Jérôme de Noirmont.
Bon, la shoe addict se promène beaucoup, adore les expos, du coup hier elle a été en voir une autre, payante, pendant que tout le monde faisait la queue pour visiter (gratuitement) le bureau de Nicolas S. superprésident.
Sortez vos chaussures en couleurs, on va voir une expo de photos noir et blanc! Essayez d'être chic aussi, on va dans le 7ème.
Chaussures à fleurs pour aller admirer le travail de Weegee, célèbre photographe docteur es macchabées des années 40 à New-York. Le musée Maillol ne participant pas aux Journées du Patrimoine, il n'y a pas foule, inutile donc de ramper ou jouer des coudes pour atteindre les photos. Youpi!
220 photos appartenant à la collection Berinson sont présentées. Ce monsieur Berinson a une chance folle! Weegee n'est pas très connu en France, mais pour comprendre la chance de Berinson, il suffit d'écrire Brassaï ou Cartier-Bresson à la place de Weegee et vous verrez ce que je veux dire.
Les photos de Arthur Fellig (le vrai nom de Weegee) ont une puissance que j'ai rarement vu dans des photos. Doisneau ou Cartier-Bresson - mes photographes "classiques" préférés - travaillent leurs noirs et leurs blancs en les faisant passer par toutes les nuances de gris possibles, ils les saturent rarement. Weegee les poussent dans les extrêmes systématiquement. J'avais déjà vu ce genre de traitement chez Brassaï, mais jamais dans cet extrême.
Ce qui est extrême également chez Weegee c'est le sujet de ses photos: des cadavres, des mafiosi assassinés, des chauffeurs carbonisés dans leur voiture. C'est violent, trash, mais jamais glauque, jamais choquant. Il a même beaucoup d'humour et aime associer ses cadavres et les affiches publicitaires, enseignes ou noms de magasins pour créer un décalage...intéressant.
Photographic images ©1994, International Center of Photography, New York, Bequest of Wilma Wilcox.
La photo ci-dessus s'appelle "Joy of Living", à cause du film à l'affiche au Tudor. Et en dessous on trouve un joli cadavre en pleine lecture des journaux du jour.
Weegee a également fait de très beaux portraits d'enfants en train de jouer dans la rue, à la plage, ou endormis sur les paliers des échelles de secours. Ils sont magnifiques.
Tout comme ses portraits féminins, de femmes célèbres comme la sublime Veronika Lake ou anonymes comme ses chanteuses du Sammy's.
Photographic images ©1994, International Center of Photography, New York, Bequest of Wilma Wilcox.
Il a également beaucoup lutté contre l'apartheid qui régnait aux Etats-Unis ces années-là. Ses photos de salles de cinéma coupées en deux, de devantures de magasins "onwed by negro" ou dimanches de Pâques à Harlem sont autant de preuves de son engagement dans cette lutte et de son rejet de ces lois absurdes.
Weegee a ceci de commun avec Cartier-Bresson qu'il réussit à saisir de manière magique l'instant parfait qui sublime l'être capté par son objectif. Que cet être soit vivant, mort, enfant, adulte, star de cinéma ou clochard.
Vous avez jusqu'au 15 Octobre pour courir au Musée Maillol admirer ces merveilles!
Sur ce je vais enfiler mes pantoufles et aller me coucher...que les fans de cuissardes me pardonnent.







